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lunes, 3 de octubre de 2011

Le peuplement du piémont oriental à l’époque coloniale


Par Catherine Lara (2007) [Traduction de l'original en espagnol (Équateur) par Émilie Barberet]


INTRODUCTION

L’intérêt scientifique pour l’Amazonie est un phénomène relativement récent. Une série d’études multidisciplinaires ont par ailleurs permis de comprendre que ce qui avait été jusqu’à un certain moment perçu comme un espace homogène et légendaire, était en réalité un milieu divers et étroitement lié au développement culturel.

Ainsi, aux identifications d’écosystèmes tels que la varzea (zone de forêt inondée par une crue) et la terre ferme, est venu s’ajouter le piémont (Descola, 1988: 70). Le piémont, également appelé haute Amazonie ou contreforts, se trouve entre 2 000 et 600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il se caractérise par un relief accidenté, formé par des rivières et des failles. Le fort taux d’humidité détermine un rang de températures comprises entre 12 et 2 ºC. Les sols sont relativement pauvres et en érosion constante, et la faune, variée, bien que relativement rare (Salazar, 29-33: 1989).

En ce qui concerne les occupations humaines, bien que le registre archéologique laisse supposer une démographie dynamique et intense en Amazonie au cours de la Préhistoire, les étapes de ce processus doivent encore être éclaircies, de même que le rôle joué par le piémont dans ce phénomène. A partir de preuves linguistiques et céramiques, Lathrap propose que les cultures archéologiques peu connues de la haute Amazonie sont clairement issues de cultures précoces développées dans la varzea brésilienne (Lathrap, 1970: 150).

Il est certain qu’en tant que point de contact entre deux écosystèmes – andin et amazonien - on peut supposer que le piémont a joué un rôle fondamental au niveau culturel. Ainsi, les preuves ethno-historiques démontrent de quelle manière le piémont a été la scène de dynamiques démographiques et culturelles variées et intenses, que la présente étude propose de résumer.

Ainsi, on distingue trois étapes au cours de cette époque. Nous rappellerons d’abord le processus de conquête de la zone (deuxième moitié du XVIème siècle), avant d’analyser la manière dont s’est effectué le peuplement de la région au cours du dernier quart du XVIème siècle, par rapport aux populations natives, aux ressources en jeu et au contexte politique colonial. La dernière étape (du XVIIème au XIXème siècle), ou essor missionnaire, se pose également comme une réponse aux obstacles rencontrés auparavant par l’administration espagnole, et marque la fin de la mise en valeur de l’Oriente, symptôme de la chute de l’empire espagnol en Amérique.


L’ÉPOQUE DE LA CONQUÊTE : À LA RECHERCHE DE L’ELDORADO

Dès les débuts de la Conquête, l’objectif d’enrichissement des Espagnols - alimenté par les légendes fabuleuses relatives au Nouveau Monde -, a justifié en grande mesure leurs missions d’exploration et d’annexion de terres beaucoup plus difficiles d’accès, après avoir consolidé leur pouvoir hégémonique parmi les grands centres de pouvoir du continent. Dans ce sens, les explorations des contreforts orientaux de la Cordillère par les conquistadors ont commencé relativement tôt. Ainsi, la concurrence entre les puissances européennes pour le contrôle des territoires américains a accéléré leur déploiement rapide à travers le continent. En outre, les besoins économiques d’une couronne espagnole en plein processus d’expansion et de consolidation ont justifié la nécessité d’une connaissance exhaustive des ressources humaines et matérielles disponibles dans les zones conquises. Dans le cas de l’actuel territoire de l’Équateur, trois zones – dont la délimitation restera intacte dans la division politique postérieure des « provinces orientales » – ont été explorées : la province des Quijos, la zone de Macas, et finalement celle de Yahuarzongo.

Selon les sources documentaires, Diego Tapia de García, le premier conquistador atteignant la région Quijos, passe par Papallacta, la vallée de « Atún Quijos », et des rivières Maspa et Cosanga (García, 1985: 17). En 1538, Alonso de Mercadillo explore la zone, mais c’est Díaz de Pineda qui y entre pour chercher de la cannelle, mais aussi avec l’intention de la conquérir. Il annexe un village quijos, découvre les indigènes de « Cahui et Huarotza » et un volcan (probablement le Sumaco), dans les environs duquel vivent plus de 15 000 Indiens (Magnin, 1998). Néanmoins, très vite, les ambitions de conquête de Díaz de Pineda sont frustrées, et il n’est pas exclu que la célèbre expédition ayant découvert le fleuve Amazone ait constitué la deuxième tentative d’asseoir l’hégémonie espagnole dans cette région à l’origine explorée par Díaz de Pineda (Oberem, 1980: 65).

Partie de Quito en 1541, l’expédition de Gonzalo Pizarro et de Francisco de Orellana traverse la région des Quijos, plus précisément le long des fleuves Napo et Coca, traversée au cours de laquelle un contact est établi avec plusieurs populations natives (García, 1985: 32).

Très peu de choses sont connues au sujet des Quijos, étant donné qu’il semble qu’ils descendent de plusieurs tribus, peut-être originaires d’Imbabura et de Pichincha (Costales, 1983: 35). Ainsi, le père Antonio Borja affirme qu’en 1582, 11 000 Indiens « montagnards » (originaires des zones froides) arrivent à la région Quijos. On suppose également que les Quijos n’ont jamais formé une ethnie, mais qu’ils auraient plutôt été le résultat d’un regroupement multiethnique défini par les Espagnols, de manière à faciliter l’administration civile et religieuse de la zone (idem). Oberem plaide toutefois pour l’origine préhispanique de ces populations (Oberem, 1980: 31). Ce qui est certain, c’est qu’il semble qu’il existait des relations commerciales étroites entre les Quijos et les Mindalaes andins (Costales, 1983: 35).

Plus au sud, le piémont de l’actuelle province de Loja est explorée et conquise par le capitaine Diego de Vergara en 1541. Ces zones étaient habitées par les Yahuarzongos et les Bracamoros (García, 1985: 22).

Les Yahuarzongos vivaient entre le Zamora et ses affluents (idem: 30), alors que les Bracamoros ou Nambijas occupaient le bassin du Chinchipe. À l’époque de leurs premiers contacts avec les Européens, les Bracamoros - 10 159 au total - se divisaient en 24 communautés, et les Yahuarzongos – plus nombreux il semble - en 72 (García, 1985: 33). L’ancienne province de Yahuarzongo avait déjà été explorée par Alonso de Alvarado en 1535. En 1546, Juan Porver y fonde la ville de Nueva Jerez de la Frontera (entre le Chinchipe et le Marañón) qui disparaît peu de temps après (Renard Casevitz; Saignes; Taylor, 1988, 2: 77).

Plus au nord, la région de l’Upano est traversée par les rivières Upano et Palora, affluents du Paute, qui à son tour débouche sur le Santiago, arrivant aux versants orientaux de la cordillère du Cutucú (idem: 31-33).

La première expédition espagnole à travers la région de la rivière Upano est menée par Hernando de Benavente, en 1549. Celui-ci suit le chemin de « Zuña, Payra, Moy, Zamagolli, Chapico et Guallapa » jusqu’à la rivière Paute, en contrée « jivaro » (Salazar, 2000: 29). Hernando de Benavente conquit les Macas et les Huamboyas – habitants supposée de l’Upano - mais échoue contre ceux appelés Jivaros (Velasco, 1989: 641). Pour cette raison, on est arrivé à supposer que les Macas et les Huamboyas n’étaient pas jivaros, comme le soutient en outre l’acte de fondation de la ville de Nuestra Señora del Rosario (ou Macas), au cours duquel les Macas et les Huamboyas se réjouissent, car par cet acte ils

Serán xtianos y conocerán el remedio para la salvación de sus ánimas, e así mismo serán manparados de sus enemigos yndios caribes de las provincias de Pallique y Xibaro, que bienen a sus tierras y las destruyen y despueblan comiéndoselos, y que los dichos naturales no son parte para poder defenderse; e ansimismo de los yndios caciques de Macas y Carva, que biven en mano armada y los despueblan en contra de su voluntad y biene en gran menoscabo de estas provincias, de que se mueren por sacarlos de su natural, que tierra templada, y llevarlos al tierra fría; e aliende de que entienden que poblándose la dicha ciudad, los fundadores della misma por el bien dellos, y no los desampararan y maltrataran como lo capitanes que en esta provincia habían entrado (Ulloa, in Costales, 1998: 84).
[seront chrétiens et connaîtront le remède pour la salvation de leurs âmes, et même s’ils sont maltraités par leurs ennemis indiens caraïbes des provinces de Pallique et de Xibaro qui viennent sur leurs terres et les détruisent et les dépeuplent en les dévorant, lesdits naturels ne pouvant pas se défendre. Il en va de même avec les Indiens caciques de Macas et de Carva qui vivent l’arme au poing et les dépeuplent contre leur volonté et causent de grands dégâts sur ces provinces, dont les habitants meurent d’être arrachés à leur milieu naturel tempéré et déplacés vers des terres froides ; et sans comprendre que le peuplement de cette ville par les fondateurs de celle-ci est pour leur bien, et non pour les abandonner et les maltraiter comme les capitaines qui étaient entrés dans cette province (Ulloa, in Costales, 1998: 84).]


À Payra, Benavente trouve « 100 casas d’indiens rebelles », alors qu’il signale avoir vu quelques-uns d’entre eux à Zamagolli. À Chapico, il estime la population à environ 2 000 personnes, réparties en colonies dispersées, de même qu’à Guallapa, où il estime un total de 800 personnes (Salazar, 2000: 29).


L’ÉPANOUISSEMENT DES VILLES ESPAGNOLES DU PIÉMONT ANDIN ORIENTAL


Entre les années 1541 et 1560, les missions d’exploration et de conquête dans le piémont oriental donnent lieu à la fondation de 16 colonies attribuées à la juridiction de Quito, de la rivière Caquetá au Marañón (Lovecchio y Glaser, 2006: 51). Comme nous le verrons par la suite, au XVIème siècle, ces colonies se caractérisent par une exploitation massive de matières premières (en particulier de métaux), ce qui entraîne une nouvelle dynamique géographique dans la zone : dans un premier temps, les colonies espagnoles venant d’être fondées sont sporadiquement occupées par les aventuriers européens, mais peu à peu, des familles de colons s’y installent, créant ainsi un métissage apparaissant en réponse à l’intégration forcée des populations indigènes de la zone à l’administration espagnole. On observe ainsi que cette même politique administrative génère un flux migratoire entre populations indigènes, qui suivent des routes de contact existant déjà avant la conquête, ou au contraire, qui créent de nouvelles voies de circulation démographique.

Les gouvernements espagnols étaient considérés comme des « circonscriptions administratives de premier ordre » (Lovecchio y Glaser, 2006: 57). Celui des Quijos est formé en 1551 (García, 1985: 23). Le capitaine Ramírez Dávalos, son premier gouverneur, pacifie les indigènes de la zone par la médiation du cacique de Latacunga, allié commun. Il arrive ainsi à fonder la ville de Baeza, en 1551 (idem: 24).
Bartolomé Marín, subalterne du deuxième gouverneur, fonde ensuite Archidona, sur les rives de la rivière Misaguallí.

Néanmoins, les sources diffèrent à ce sujet :

Estas tres ciudades [Avila, Baeza y Archidona] se poblaron, la primera y más antigua de ellas por el gobernador Rodrigo Núñez de Bonilla, vecino de Quito, cerca de los años de la Encarnación de Nuestro Señor Jesucristo de 1559. Púsole por nombre Baeza. Estando poblada esta ciudad y siendo gobernador de ella y de toda la provincia de su conquista el ya dicho Rodrigo Núñez de Bonilla acaeció a morir, y en el tiempo de su muerte sucedió que era gobernador Miguel Vásquez de Avila en Quito y su tierra; procuró la gobernación de los Quijos y diósela su Majestad, con su conquista, en el año de 1572 (Ortiguera, 1968: 339).
[Ces trois villes [Avila, Baeza et Archidona] se sont peuplées, la première et plus ancienne par le gouverneur Rodrigo Núñez de Bonilla, habitant de Quito, près de l’année 1559 de l’Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il lui a donné le nom de Baeza. Une fois cette ville peuplée, le gouverneur de celle-ci et de l’ensemble de la province Rodrigo Núñez de Bonilla meurt, et à cette époque, il apparaît que Miguel Vásquez de Avila était gouverneur de Quito et de sa région. Il s’empare du gouvernement des Quijos et l’offre à sa Majesté, avec sa conquête, en 1572 (Ortiguera, 1968: 339).]

Selon le père Juan de Velasco, en revanche, c’est le capitaine Dávalos qui fonde la ville de Quijos en 1552, à l’orée de la rivière homonyme (1989: 641). C’est son frère cadet, Gil Ramírez Dávalos, qui

llegando a Quijos deshizo la ciudad, que era populosa y de escogida gente, porque se hallaba disgustada toda con el sitio malsano (Velasco, 1989: 642).
[en arrivant à Quijos, détruit la ville, qui était populeuse et de de population choisie, parce qu’elle se trouvait désolée par le site malsain (Velasco, 1989: 642).]


En 1558, il fonde la ville de Baeza, entre les rivières Maspa et Vermejo (Velasco, 1989: 642). Son fondateur ordonne que Baeza soit divisée en huit rues partant de la place centrale, et qu’elle soit occupée par 73 terrains répartis entre « des personnes principales » (Cabodevilla, 1996: 57). En effet, Baeza était prévue comme point de départ de futures conquêtes (Cabodevilla, 1996: 79).

Ainsi, cette fondation est suivie par celle de Maspa, située sur la rive septentrionale de la rivière qui lui a donné son nom. Deux ans plus tard, Avila est fondée, sur la rive septentrionale du Suno, ainsi qu’Archidona et Tena. Parmi les autres villes espagnoles fondées à la même époque, nous pouvons mentionner Puerto Napo, Concepción, Loreto, San Salvador, San José, Cotapino, Santa Rosa (Oberem, 1980: 44). De plus, à la fin du XVIIème siècle, la province de la Coca (limitrophe de la zone de Baeza) est annexée au gouvernement des Quijos (Cabodevilla, 1996: 85).

La capitale de province du gouvernement des Quijos était Archidona, et son axe fluvial principal, le Napo. Selon le père Velasco, ses villes, Baeza en particulier, ont attiré une population coloniale considérable, en raison de la présence d’or et de ressources telles que la cannelle, la vanille, les résines, le cacao (Velasco, 1989: 642)… Il existe en outre des preuves d’une exploitation intense du coton, réalisée sous le système des encomiendas et des tributs (Lovecchio y Glaser, 2006: 58).

Ainsi, en 1538, Díaz de Pineda calcule que la région de Sumaco (Ávila) compte 15 000 habitants. De son côté, Ortegón reporte en 1577 qu’à Baeza se trouvent neuf encomenderos, 11 520 « Indiens » (parmi lesquels 5 013 paient le tribut), alors qu’Ávila compte 12 encomenderos, 2 613 Indiens (parmi lesquels 919 payant le tribut), et enfin 2 376 indigènes habitent à Archidona, 871 d’entre eux payant le tribut (Oberem, 1980: 40). Pour sa part, la province de la Coca compte alors 1 500 « Indiens », parmi lesquels 700 paient le tribut (Cabodevilla, 1996: 93).

En 1608, Baeza, Ávila et Archidona étaient principalement des villes d’Espagnols qui, selon Fernández de Castro, occupaient un total de 52 maisons, en majorité habitées par des Andalous, des Espagnols d’Estrémadure, des Castillans et des Créoles, femmes comprises (74 au total). On note également la présence de métisses, et de 40 ou 50 étrangers (Fernández de Castro, 1994: 104). Un autre document signale en outre que ces villes étaient gouvernées par des maires ordinaires, quatre régisseurs, un sous-lieutenant royal, et un gendarme principal (anonyme, 1994: 71).

À partir de 1581, la zone compte de plus un couvent de Dominicains, ainsi qu’une dizaine de doctrines (Cabodevilla, 1996: 93).

En outre, à la même époque, de même que dans d’autres zones, l’administration espagnole cherche à regrouper la population autochtone dans des réductions, comme Seta, Capua, Carito (ensuite regroupées entre elles), Guacamayos et Guarosta (Oberem, 1980:85).

Son los Indios de esta Gobernación 2829; casados 1880, solteros 455, viejos 199, muchachos, 295. Corre en esta provincia la lengua general del Inga, y háblanse otras diferentes y maternas, en una de las cuales se llama “conceto” el corazón (Fernández de Castro, 1994: 104).
[Les Indiens de ce gouvernement sont 2 829 ; 1 880 mariés, 455 célibataires, 199 âgés, 295 enfants. La langue générale parlée dans cette province est l’inga, et il existe d’autres langues différentes et maternelles, parmi lesquelles le conceto, le cœur (Fernández de Castro, 1994: 104).]

Lors d’une visite postérieure, Pedro Ordóñez de Cevallos identifie les tribus Quijos suivantes : Pargatas, Cenefas, Sucas, Umbates, Quispas, Sencicatos, Orisaguas, Saipitis, Paipitis, Tangaras, Yacopaguas, Quisparis, Sondotas, Cintis, Yacapus, Tontas, Targoras, Orifaguas, Ambocaguas, Tanzipas et Picas (Costales, 1983: 34).

Quant aux gouvernements de Yahuarzongo et de Mainas, il s’agit de territoires principalement situés dans la basse Amazonie, elles seront donc mentionnées brièvement. Le gouvernement de Yahuarzongo se concentre autour des rivières Santiago et Marañón. Bien que Valladolid était une capitale de province, Loja a été désignée comme ville tutélaire, et Jaén en deuxième instance, capitale du gouvernement de Mainas, s’étendant autour du bassin des rivières Marañón et Ucayali (Lovecchio et Glaser, 2006: 117).

Le capitaine Diego Palomino fonde Jaén en 1549, sur les rives du Chichipe. Juan de Salinas, de son côté, fonde Valladolid, Loyola et Santiago de las Montañas. Il est le premier explorateur des mines de Nambija, qui deviendront un important centre d’exploitation minière dans la zone (Gándara, 1998: 16). Selon le père Velasco, lorsque Juan de Salinas fonde Valladolid en 1541, il fait venir de Quito 90 familles. Loyola aurait été fondée un an plus tard (Velasco, 1989: 303). En 1563, ces territoires sont intégrés à l’Audience royale de Quito par Brevet du Roi (Gándara, 1998: 16).

Quant à la région de Macas, elle a déjà été explorée, à la fin du XVIème siècle, par plus de 30 expéditions espagnoles, attirées par les lavoirs d’or et les mines de sel (Salazar, 2000: 29). Elle est élevée au rang de gouvernement en 1551, par Antonio Mendoza (Velasco, 1989: 647).

En 1534, Díaz de Rojas et Díaz de Pineda concluent une alliance avec les Huamboyas et les Macas (Lovecchio et Glaser 2006: 74). Bien que plusieurs colonies aient été fondées dans la zone au cours de cette époque, elles ont très vite disparu (idem: 77).

En 1563, cependant, Juan Salinas de Guinea fonde la ville de Macas (Costales, 1998: 83). Dans l’acte de fondation, on signale toutefois que le lieu choisi – le village de Cormaucalli – est provisoire (idem: 84). Cet acte est réalisé en présence des caciques de la zone, entre beaucoup d’autres (idem: 87), venus certainement en raison de la menace jivaro mentionnée plus haut. Sur cette base, les époux Costales estiment que les Macas et les Huamboyas totalisent 32 clans ou familles, ce qui pourrait permettre d’estimer qu’ils formaient une population d’environ 1 600 personnes (idem: 94).

En 1552, en raison du besoin de main d’œuvre pour l’exploitation minière, il y a eu un « repeuplement » de la zone de Huamboya et de Nuestra Señora del Rosario (premier nom de la première colonie de Macas). Néanmoins, Macas n’a pas prospéré, ses dirigeants manquaient d’autorité, par conséquent la ville était souvent mise à sac par des aventuriers, et les indigènes fuyaient vers les montagnes voisines. Toutefois, avec la nomination de Juan Salinas de Loyola et la fondation de Sevilla de Oro en 1574, la région retrouve la prospérité (Costales, 1998: 97). Selon les mêmes Costales, la fondation de Sevilla de Oro n’a été rien d’autre que le déplacement de Nuesta Señora del Rosario de l’autre côté de l’Upano.

La ciudad tenía la longitud de 3 a 4 leguas y otras tantas de latitud. Corría de noreste a sureste. Su clima era templadamente frío. A poca distancia pasaba el río Guían, que se origina en las nievas y es navegable. Había 20 casas de españoles. Vivían en ella 30 mujeres desde 10 hasta 70 años, las 22 casadas, y las 8 solteras. Los indios de la jurisdicción de la ciudad eran 1180; 700 casados, 200 solteros; 80 viejos, 200 muchachos. Había de 12 a 20 españoles. Los encomenderos eran 199 de primera vida y 10 de segunda vida. El mayor repartimiento tenía 120 indios y valía 6720 reales. El menor tenía 10 indios y valía 13360 reales; el de 40 indios 2800 reales; el de 40 indios 2240 reales; el de 15840 reales. Todos juntos valían 50400 reales. Los indios tributarios eran 900 libras de tributo, 280. Cada indio pagaba a su encomendero 30 varas de lienzo. El Gobernador ponía en la ciudad en teniente. Había dos Alcaldes Ordinarios y cuatro regidores. Las parcialidades de indios de esta ciudad eran de 25: Había un cura que administraba los sacramentos a los españoles y naturales camayos y un sacristán. Para las poblaciones y comarcas había otros doctrineros (Vacas Galindo en Costales, 1998: 109-110).
[La ville avait une longueur de 3 à 4 lieues et une largeur de quelques lieues. Elle s’étendait du nord-est au sud-est. Son climat était froid tempéré. À proximité passait la rivière Guían, qui prenait sa source dans les neiges et qui était navigable. Il y avait 20 maisons d’Espagnols. 30 femmes âgées de 10 à 70 ans y vivaient, 22 étant mariées, 8 étant célibataires. Les Indiens de la juridiction de la ville étaient 1 180 ; 700 mariés, 200 célibataires; 80 âgés, 200 jeunes. Il y avait entre 12 et 20 Espagnols. Les encomenderos étaient 199 de première vie et 10 de deuxième vie. Le principal comptait 120 indiens et valait 6 720 reales. Le plus petit comptait 10 Indiens et valait 13 360 reales ; celui de 40 Indiens valait 2 800 reales ; celui de 15840 reales. Tous ensemble valaient 50 400 reales. Les Indiens payant le tribut payaient 900 livres de tribut, 280. Chaque indien payait à son encomendero 30 mesures de toile. Le gouverneur plaçait un lieutenant dans la ville. Il y avait deux maires ordinaires et quatre régisseurs. Il y avait 25 factions d’Indiens dans cette ville : il y avait un curé qui administrait les sacrements aux Espagnols et aux autochtones camayos et un sacristain. Pour les populations et dans les régions, il y avait d’autres doctrinaires (Vacas Galindo en Costales, 1998: 109-110).]


Selon García, en revanche, Sevilla de Oro et Logroño de los Caballeros sont fondées en 1548, sur la rive gauche de l’Upano, alors que Mendoza est fondée sur la rivière Huamboya, situé sur la rive septentrionale du Palora (García, 1985). Il apparaît toutefois que le tribunal de recouvrement des Caisses royales est implanté à Sevilla de Oro (Velasco, 1989: 649). En outre, l’exploitation des ressources aurifères attire rapidement une population nombreuse venant de Quito et du Pérou, ce pour quoi un commerce florissant se développe rapidement dans la zone (Velasco, 1989: 649).

Macas a connu plusieurs fondations avant son établissement définitif, au XVIIIème siècle. Elle a d’abord été située sur les rives du Palora, à proximité du Pastaza. Ensuite, elle a été déplacée sur les rivières Quegüeno et Kunkuim. En 1582, elle est fondée sur les rives de l’Upano, aux débuts de l’exploitation aurifère dans cette rivière (Renard Casevitz, Saignes, Taylor, 1988, 2: 179). En 1599, à la suite de la destruction de Sevilla de Oro par le soulèvement jivaro et après le retour au calme, la ville de Macas est à nouveau fondée, face à Sevilla de Oro, sur la rive droite de l’Upano (García, 1985: 65).

Par ailleurs, Juan de Salina fonde Logroño de los Caballeros en 1564, mais en raison des attaques jivaros, Bernardo de Loyola la fonde à nouveau dans un lieu plus sûr en 1576 (Renard Casevitz, Saignes, Taylor, 1988, 2: 168).

En ce qui concerne les implantations indigènes, Paira et Samagualli se trouvent environ à 20 ou 30 kilomètres de Zuña, et Chapicos à 40 ou 60 kilomètres de Samagualli, dans la plaine de la rivière Palora, au pied du Sangay. Guallapa, en revanche, se trouve dans la région de l’actuelle Sucúa (idem: 169). À Chapicos, Benavente trouve 200 « Indiens », à Guallapa, 800, et compte 1 000 « Jivaros » (idem: 161-163). Il semble que les Chapícos vivaient entre les rivières ríos Palora et Macuma. Les chercheurs suggèrent une possible filiation avec les « Jivaros » (Ibidem, 2: 179).

Casevitz, Saignes et Taylor pensent également que les Bolonas, autre groupe établi dans la région des rivières Cuyes et Cuchipamba, pourraient correspondre à des noyaux de population cañari. Si tel est le cas, cela expliquerait l’alliance des Macas et des Huamboyas avec les Espagnols face aux Jivaros, attestée par la déclaration de fondation de Nuestra Señora del Rosario (Renard Casevitz, Saignes, Taylor, 1988, 2: 156). En outre, les mêmes auteurs affirment qu’il existe la preuve d’un contact important entre les caciques de la zone et ceux de la montagne (idem: 158). Pour cette raison, la vallée de la rivière Cuyes aurait été majoritairement peuplée au cours de la colonisation par des colons originaires de Jima et de Sígsig attirés par l’exploitation de l’or (Salazar, 2004: 66). En 1582, le frère Domingo de los Ángeles rapporte en outre que le ville de San Bartolomé comptait 190 Indiens payant le tribut, parmi lesquels 80 seulement étaient autochtones (idem).

Si un grupo de Cuyes residía de manera permanente en San Bartolomé, y pagaba además tributos, es probable que a lo mejor desde tiempos precolombinos ocupaban las estribaciones orientales de los Andes. De hecho, el viejo camino de Sígsig a Jima y Cuyes, que aún existe, pudo haber sido construido parcialmente sobre alguna ruta precolombina (Salazar, 2004: 67).
[Si un groupe de Cuyes résidait de manière permanente à San Bartolomé, et payait en outre les tributs, il est probable qu’ils occupaient les contreforts orientaux des Andes depuis l’époque précolombienne. En outre, le vieux chemin de Sígsig à Jima et Cuyes, qui existe toujours, a pu être partiellement construit sur une route précolombienne (Salazar, 2004: 67).]


Les Macas, quant à eux, occupaient les cordillères du Condor et du Cutucú, entre les rivières Zamora, Upano et Yaupi (Barrueco, n/d).

Par ailleurs, de même que Renard Casevitz, Saignes et Taylor pensent que les Cuyes ou Bolonas descendent des Cañaris, ils n’écartent pas la possibilité que les Huamboyas soient apparentés aux Puruhaes (1988, 2: 179).

Ces populations indigènes ont servi de main d’œuvre esclave aux Espagnols qui les utilisaient pour extraire le cacao, le copal, la cannelle, la salsepareille et la quinine (Renard Casevitz, Saignes, Taylor, 1988, 2: 68).

Para los Borjeños, los Macabeos, las gentes de Lamas, de Moyabamba y de Chachapoyas, los indios eran exactamente como productos de recolección: bastaba ir a buscarlos, siempre se encontraría la manera de remplazar a los muertos (Renard Casevitz; Saignes; Taylor, 1988, 2; 68).
[Pour les Borjeños, les Macabeos, les habitants de Lamas, de Moyabamba et de Chachapoyas, les indiens étaient exactement comme des produits de récolte : il suffisait d’aller les chercher, et on trouvait toujours une manière de remplacer les morts (Renard Casevitz; Saignes; Taylor, 1988, 2; 68).]


Effectivement, la main d’œuvre s’est vite raréfiée dans la zone, et il a été nécessaire de la remplacer. C’est ainsi que la population noire est arrivée dans la région (un esclave noir avait la valeur de 5 ou 6 indiens) (Renard Casevitz; Saignes; Taylor, 1988, 2: 68). Entre 1550 et 1599, des milliers d’Indiens paltas et cañaris ont été déportés à la région pour travailler à l’exploitation des ressources aurifères (idem: 64). On calcule qu’entre 1541 et 1560, cette activité a entraîné la fondation de 12 localités (ibidem: 66).

Au niveau administratif, le gouvernement de Macas comprenait les provinces de Chapicos et de Guano. La première regroupait les colonies de Coropino-Palora, Cucapay, Yngacay ou Rebotocay (ces trois derniers noms semblent à consonance cañari), la Mano et Lopino (Casevitz; Saignes; Taylor, 1988, 2: 170). Selon le recensement d’Aldrete (1582), le gouvernement de Macas comptait 73 encomenderos au total : 12 à Logroño et 30 à Sevilla de Oro. En 1577, Baeza avait 19 encomenderos, et Ávila, 12. Cette même année, le gouvernement comptait déjà 158 encomenderos (Renard Casevitz; Saignes; Taylor, 1988, 2: 66).

Néanmoins, l’entreprise de colonisation espagnole dans les provinces orientales connaît rapidement de sérieuses difficultés dans le dernier quart du XVIème siècle, en particulier en raison des soulèvements indigènes en réaction aux politiques des encomiendas, sans compter les nombreuses épidémies apportées par les Européens, qui déciment les populations locales.

C’est ainsi que Macas, Logroño et Zamora, qui avaient d’abord connu une période de prospérité, ont été peu à peu abandonnées (Lovecchio y Glaser, 2006: 57). Dans ce sens, il convient également de souligner que l’affirmation de Potosí en tant qu’axe minier colonial a affaibli l’importance des autres mines du royaume (idem: 59), sans oublier que dans le gouvernement des Quijos au moins, celles-ci se sont taries très rapidement (Oberem, 1980: 96). En outre, la précarité des voies de transport n’a pas permis le développement d’un commerce durable (Renard Casevitz, Saignes, Taylor, 1988, 2: 66).

La chute démographique enregistrée dans la zone (de l’ordre de 90 %) est d’abord dû à la mort des indigènes (autochtones et étrangers) soumis aux encomiendas (Lovecchio y Glaser, 2006: 58).

Entre 1577 y 1608, el número de indígenas censados en la provincia de Quijos pasó de 16509 a 1649. Dos generaciones de explotación brutal a lo largo de esta “frontera” minera de la Audiencia de Quito, habían producido la despoblación casi total del declive oriental de los Andes (Lovecchio y Glaser, 2006: 58).
[Entre 1577 et 1608, le nombre d’indigènes recensés dans la province de Quijos est passé de 16 509 à 1 649. Deux générations d’exploitation brutale le long de cette « frontière » minière de l’Audience de Quito ont produit le dépeuplement quasi-total du versant oriental des Andes (Lovecchio y Glaser, 2006: 58).]


En 1608, Fernández de Castro ne recense pas plus de 55 encomenderos à Baeza, Ávila, Archidona et Sevilla de Oro.

El reflujo de los colonos del “centro” dejó en su estela un mundo compuesto de europeos miserables, todavía por un tiempo atrapados en sus fantasías raciales e hidalguescas, de mestizos, de negros cimarrones y de campesinos andinos desarraigados, una sociedad cuyos destinos, costumbres y lenguaje habían de desligarse cada vez más de lo que era corriente en los centros coloniales andinos. Esta cohorte de menesterosos abandonados en el bosque tras el hundimiento de la primera ola de ocupación, va a desarrollar, en el pobre decorado instalado apresuradamente por los antiguos colonos, una sociedad única, a la vez semi-urbana y semi-tribal, viviendo del pillaje brutal de un mundo selvático que aunque aborrecido, constituye su única posibilidad de supervivencia (Renard Casevitz; Saignes; Taylor, 1988, 2: 67).
[Le reflux des colons du « centre » a laissé dans son sillage un monde composé d’Européens misérables, leurrés pour un temps encore par leurs fantasmes raciaux et hidalguesques, de métisses, d’esclaves noirs et de paysans andins déracinés, une société dont les destins, les coutumes et le langage devaient de plus en plus se détacher de ce qui était courant dans les centres coloniaux andins. Cette cohorte de nécessiteux abandonnés dans la forêt après l’effondrement de la première vague d’occupation va développer, dans le pauvre décor installé à la va-vite par les anciens colons, une société unique, à la fois semi- et semi-tribale, vivant du pillage brutal d’un monde sauvage qui, bien que détesté, constitue son unique possibilité de survie (Renard Casevitz; Saignes; Taylor, 1988, 2: 67).]


Pour sa part, le frère López de Solís a été témoin en 1594 du dépeuplement de la d’abord prospère Zamora, et de la disparition progressive des Yahuarzongos, en raison des épidémies (García, 1985: 63). Selon Renard Casevitz, Saignes et Taylor, il ne restait en 1592 plus que 60 Espagnols dans les quatre villes subordonnées à la juridiction de Salina, dans la région de Zamora (1988: 67).

Dans le gouvernement des Quijos, en 1605, il ne restait plus que 30 Espagnols, une dizaine de prêtres et 1 435 tributaires dans la zone, dont 49 à Baeza, 27 à Ávila et 37 à Archidona (Oberem, 1980: 96-97). La décadence du gouvernement des Quijos avait déjà commencé avec l’essor de celle de Macas, qui à ses débuts avait monopolisé l’économie des provinces orientales. Vient encore s’ajouter à cela une épidémie qui s’abat sur la population Quijos en 1589. En outre, au cours du XVIème siècle, les indigènes fuyaient déjà chroniquement les lavoirs d’or et les épidémies en direction du Napo (Oberem, 1980: 43). De plus, les encomenderos souvent n’habitaient pas la zone, pour cette raison ils tardèrent à réagir face à la catastrophe qui s’annonçait (Oberem, 1980: 98). L’unique alternative trouvée a été d’augmenter le déplacement de main d’œuvre originaire d’autres zones (idem: 98-99).

Dans la province des Quijos, une des sources du dépeuplement apparaît après la « répartition » des indigènes par Núñez de Bonilla, lorsque ceux-ci ont commencé à organiser leur résistance à partir de 1560 (Oberem, 1980: 76). C’est ainsi que, en 1562, les caciques de Condapa, de Zegui, de Tangota, d’Ancha, de Concin ou Carin, de Befa, de Zamaoata ou Zomocalo et de Coca se rebellent une première fois, mais sont écrasés. En 1563 a lieu le soulèvement de Jumandi, dont l’échec oblige les caciques survivants à se soumettre. Néanmoins, en 1578, un autre soulèvement détruit la ville d’Ávila (idem: 87). La même année, le massacre d’Archidona se produit à la suite de la visite d’Ortegón (García, 1985: 55).

Ces soulèvements auraient été organisés avec la collaboration de plusieurs groupements indigènes provenant d’autres provinces, comme les Cañaris, qui y auraient trouvé l’opportunité de se venger de la trahison des Espagnols, leurs anciens alliés.

Ésta la veían adhiriéndose al levantamiento planificado en 1578 por los indios Quijos de la región del Alto Napo. Estos indios de las selvas orientales tenían muy estrechas relaciones con los indios de la Sierra y para dar más empuje a sus planes se confederaron con algunos caciques de la Sierra para que en gran parte del territorio de la Audiencia de Quito estallase la rebelión de golpe. Los Quijos llegaron a destruir dos de las tres ciudades fundadas en su territorio y matar a muchos españoles, pero en la Sierra no estallaba el levantamiento (Oberem, 1974-76: 271-272).
[Ils la voyaient adhérer au soulèvement planifié en 1578 par les indiens Quijos de la région du Haut Napo. Ces Indiens de l’Amazonie orientale avaient des relations très étroites avec les indiens des montagnes, et pour donner plus d’impulsion à leurs plans ils se sont associés avec quelques caciques des montagnes pour que la rébellion explose d’un coup sur une grande partie du territoire de l’Audience de Quito. Les Quijos parviennent à détruire deux des trois villes fondées sur leur territoire et à tuer beaucoup d’Espagnols, mais dans la montagne le soulèvement n’explose pas (Oberem, 1974-76: 271-272).]


La « guérilla » jivaro inspire la panique dans le gouvernement de Macas, et fait même fuir les indigènes de la zone Quijos, terrorisés par la rumeur de l’avancée jivaro (García, 1985: 65).

Il apparaît de plus que, dès le départ, le caractère anarchique des colonies espagnoles en Amazonie les a fragilisés face aux attaques ennemies. Par la suite, les épidémies ont affaibli encore davantage le gouvernement de Macas, sur le plan humain mais également sur le plan organisationnel : les encomenderos perdaient de plus en plus leurs encomendados (Renard Casevitz; Saignes; Taylor, 1988, 2: 169).

Los dos géneros mas principales que la provincia de los Xivaros tiene son 200 Indios de lanza (que dicen los Baquianos que habrá) y 400 mugeres y muchachos, que por todos serán 600 almas poco mas o menos, que cada uno de ellos vale mas que todo el mundo. Son todos ellos hijos y nietos de Cristianos, y estando esta provincia convertida y pacífica como las demás y poblada de Españoles, y donde su Real Majestad tenía sus casas y oficiales Reales, en la ciudad de Logroño, se rebelaron los dichos Xivaros, y matando a los Españoles, sin escaparse vivo mas que dos ó tres, que huyeron, se alzaron con la tierra más há de 70 años, y se han estado alzados hasta hoy y se estarán así, si su Majestad (que Dios guarde) no lo remedia (De la Cruz,-1651-, 1942: 37).
[Les deux principaux genres présents dans la province des Xivaros sont 200 Indiens de lance (les experts disent qu’il y en aura) et 400 femmes et enfants, qui en tout représentent environ 600 âmes, chacun d’entre eux valant plus que tout le monde. Ils sont tous enfants et petits-enfants de Chrétiens, cette province étant convertie et pacifiée comme les autres et peuplée d’Espagnols, et Sa Majesté y ayant ses maisons et officiers royaux. Toutefois, dans la ville de Logroño, lesdits Xivaros se sont rebellés, en tuant les Espagnols, sans que plus de deux ou trois n’aient pu s’échapper vivants. Ceux-ci ont fui, se sont élevés sur les terres plus de 70 ans, et y ont été jusqu’à ce jour et ils resteront ainsi, si Sa Majesté (que Dieu protège) n’y remède pas (De la Cruz,-1651-, 1942: 37).]

Le fameux soulèvement de Sevilla de Oro (1599), a en outre compté avec la collaboration des Macas, bien que certains d’entre eux aient trahi les dirigeants jivaros de la conspiration (Velasco, 1989: 659). A l’origine de ce soulèvement, les habitants de Logroño ont été intégralement anéantis, alors qu’il n’est resté que 25 % de la population de Sevilla de Oro (idem: 659). Il n’est pas non plus écarté que ce soulèvement ait compté avec la collaboration des Shuar de Logroño, de Zamora, ainsi que des indigènes de Cuenca, de Cañar et du Chimborazo, déportés vers le gouvernement de Macas en vue de l’exploitation aurifère (Costales, 1998: 110).

À la fin du XVIème siècle, le gouvernement de Macas a été complètement dévasté, et le foyer d’exploitation minière s’est déplacé en direction de la région de Zamora (Renard Casevitz; Saignes; Taylor, 1988, 2: 64).

Parmi la population montagnarde qui avait migré au gouvernement de Macas (fuyant la encomienda ou en qualité de main d’œuvre) et qui est restée dans la région à la suite des soulèvements, certains se sont réfugiés parmi les tribus amazoniennes (comme ceux appelés « oyaricos » cañaris parmi les shuar), ont formé des noyaux isolés en Amazonie ou se sont établis dans des villes voisines, comme Baños par exemple (Renard Casevitz; Saignes; Taylor, 1988, 2: 65).

Plus au sud, de multiples tentatives d’attaques d’indigènes venus du Marañón contre les Espagnols établis dans la région des Bracamoros ont également été rapportées (Latorre, 1998: 129).

En guise de bilan de cette première époque de colonisation espagnole sur le versant andin oriental, nous pouvons dire qu’elle se caractérise comme une phase d’exploration et de conquête orientée vers une expansion territoriale et l’exploitation des ressources, des métaux en particulier. Ainsi, les Espagnols ont multiplié les colonies sur les versants orientaux, autour des foyers d’exploitation de ressources ayant attiré les colons espagnols et favorisé le métissage avec les populations autochtones. Néanmoins, celles-ci ont également été soumises sous le système des encomiendas, esclavagées ou décimées par les épidémies. Cette réalité a eu deux conséquences : l’arrivée de main d’œuvre d’autres zones du Royaume de Quito (ajoutée à la population indigène montagnarde qui fuyait déjà le tribut), et les soulèvements, en particulier shuar et quijos, qui ont fini par affaiblir la structure politique et administrative fragile des provinces orientales.


ESSOR MISSIONNAIRE ET DÉCADENCE

Face à l’affaiblissement de l’administration européenne dans le piémont de l’Amazonie orientale, déjà à partir du XVIème siècle, mais essentiellement au XVIIème siècle, les missionnaires vont prendre le relais, en réponse également aux projets d’évangélisations du Nouveau Monde. Cela a considérablement fait augmenter leur domination politique et a également eu une influence décisive sur la dynamique démographique de la zone, comme nous allons le voir dans cette partie. En conséquence, le piémont est également devenu la scène d’un jeu de pouvoir entre la Couronne espagnole et les missions, qui a culminé avec l’expulsion des Jésuites en 1768. Néanmoins, avec l’affaiblissement de l’institution missionnaire à partir de la fin du XVIIIème siècle, l’administration espagnole a considéré qu’elle avait atteint son objectif principal, et n’a pas déployé davantage d’efforts pour réintégrer les provinces orientales à sa politique administrative, celles-ci sont donc restées complètement abandonnées. Par la suite, nous étudierons l’espace géographique couvert par les missionnaires, ainsi que le contexte socio-politique de leur travail, et enfin la réalité des dernières années précédant l’Indépendance dans les provinces orientales.

Les premières – et infructueuses – tentatives missionnaires en Amazonie par des Franciscains, des Jésuites et des Dominicains dans le nord de la haute Amazonie, entre les rivières Caquetá, Putumayo, Napo et Marañón plus au sud, remontent au XVIème siècle (Lovecchio y Glaser, 2006: 59).

Toutefois, à l’issue de la conquête de la région de Mainas (1618-1619), le brevet du roi de 1642 confie l’évangélisation des provinces orientales aux Franciscains (gouvernement des Quijos) et aux Jésuites (Mainas).

De 1638 a 1768, 161 padres de la Compañía fueron enviados desde Quito hacia los territorios de Mainas. En total, fueron fundados 153 centros de culto alrededor de los cuales los Jesuitas, con mayor o menor éxito, agruparon a los indígenas para incitarlos en la religión y en la práctica de una vida sedentaria, basada en la agricultura. Al apogeo de la obra misionera, el territorio de Mainas fue dividido en 10 zonas apostólicas, cada una a cargo de dos Jesuitas; la presencia de la Compañía se extendía entonces desde el Pongo de Manseriche hasta el Río Negro y desde el Pastaza medio hasta el alto Ucayali y unos veinte misioneros influían sobre unos cien mil neófitos; no todos estos últimos estaban repartidos en las treinta reducciones que existían simultáneamente, muchos estaban dispersos a lo largo de los ríos pero eran visitados regularmente por uno de los dos Padres en continuas correrías (Lovecchio y Glaser, 2006: 59-60).
[De 1638 à 1768, 161 pères de la Compagnie ont été envoyés de Quito vers les territoires de Mainas. Au total, 153 centres de culte ont été fondés autour desquels les Jésuites, avec plus ou moins de succès, ont regroupés les indigènes pour les inciter à la religion et à la pratique d’une vie sédentaire, fondée sur l’agriculture. À l’apogée de l’œuvre missionnaire, le territoire de Mainas a été divisé en 10 zones apostoliques, chacune sous la responsabilité de deux Jésuites. La présence de la Compagnie s’étendait alors du Pongo de Manseriche au Río Negro et du moyen Pastaza au haut Ucayali, et une vingtaine de missionnaires s’occupaient d’une centaine de milliers de néophytes, qui n’étaient pas tous répartis dans les trente réductions qui existaient au même moment, nombre d’entre eux étaient dispersés le long des rivières mais recevaient régulièrement la visite de l’un des pères en excursions permanentes (Lovecchio y Glaser, 2006: 59-60).]

Les Jésuites se sont également chargés du gouvernement de Yahuarzongo, tandis que le gouvernement de Macas a été confié aux Dominicains (Lovecchio et Glaser, 2006: 117). Quant aux villes d’Archidona et de Puerto Napo, elles étaient considérées comme des annexes des missions jésuites. Des statistiques du XVIIIème siècle rapportent qu’à cette époque, Archidona comptait 600 habitants, alors que Puerto Napo en comptait 800 (García, 1985: 199).

Pour leur part, les Dominicains sont entrés dans le haut Pastaza en 1624, et ont fondé la mission de Canelos en 1689 (Renard Casevitz; Saignes; Taylor, 1988, 2: 135). Les Canelos occupaient les rives du Bobonaza et du Pastaza. En 1623-1624, le père Rosero a converti 35 045 familles établies au niveau de la source du Bobonaza, en les regroupant dans la réduction de Santa Rosa del Penday. En 1671, le père Amaya fonde une autre « Santa Rosa », pour les 700 Gaes de Bobonaza qu’il avait baptisés peu de temps auparavant. En 1680, le père Ochoa regroupe les indigènes tributaires fugitifs, cachés dans les montagnes (idem: 151).

De même que les administrateurs espagnols, les missionnaires ont particulièrement soigné le recensement de leurs paroissiens indigènes. Le père Quesada (XVIIème siècle), parle par exemple de 7 000 fidèles dans la « Province des Gayes, sur les rives de la rivière Bohono » (García, 1985: 81). En 1777, le père Bermeo décrit le village de Canelos, sur la rivière Bobonaza :

El pueblo de Canelos tiene su situación sobre unas pequeñas serranías de piedra; su vecindario consta de solos veintidós varones, que, aunque fueron muchos mas, se han pasado al pueblo de Andoas por no pagar los reales tributos; su temple es de mediana moderación; sus tierras, muy fecundas de cacao, maíz, arroz, yuca, vainilla, cera blanca y negra. Resinas de copal, maní, y de toda especia de frutas siendo de mayor aprecio en la sierra, las que allá son silvestres; sus comercios son: de canela, cascarillas, estoraque, brea y otras gomas aromáticas y medicinales (Bermeo, en García, 1985: 87).
[Le village de Canelos se situe sur de petites collines pierreuses ; sa population se compose seulement de vingt-deux hommes qui, bien qu’ils étaient plus nombreux, sont partis au village d’Andoas pour ne pas payer les tributs royaux ; son climat est moyennement tempéré ; ses terres très fertiles en cacao, maïs, riz, manioc, vanille, cire blanche et noire, résines de copal, cacahuète, et de toutes espèces de fruits étant très appréciés dans la montagne, parmi ceux qui sont sauvages là-bas. Ils vendent cannelle, coques, styrax, brai et autres gommes aromatiques et médicinales (Bermeo, en García, 1985: 87).]


Les Dominicains créent en outre des villages missionnaires d’indigènes, tels que San José de Canelos, San Carlos del Pastaza et la Palma (1790) (García, 1985: 86). Au début du XIXème siècle, ces missions passent aux mains des Franciscains, avant de redevenir dominicaines (García, 1985: 90). Par ailleurs, à la suite de l’expulsion des Jésuites, ce sont précisément les Dominicains qui les remplacent à Mainas, à Archidona et à Napo (García, 1985: 122).

Pour leur part, les Jésuites fondent également des villages parmi les Jivaros (García, 1985: 129). En 1729, le père José Gutiérrez rapporte 6 609 Indiens dans la juridiction de Mainas (idem: 155). Une autre source statistique de Riofrío et Peralta évoque 997 Indiens dans « la Conception d’Archidona » et ses alentours (idem: 157). Au cours de la décennie de 1660, la paroisse d’Archidona est confiée aux Jésuites (idem: 36). Son premier prêtre, le père Lucas de la Cueva, avait pour objectif de soulager la situation des indigènes exploités et d’attribuer à Archidona le rôle de point de départ vers les missions de Mainas (idem: 37). Ainsi, les Jésuites emmènent à Archidona des indigènes de Sucumbíos en tant qu’assistants (Oberem, 1980: 101). Cependant, en 1743, il est décidé de déplacer la ville dans un site voisin plus adapté, mais elle ne réussit pas à prospérer beaucoup. Entre blancs, métisses et indigènes, elle ne réussit pas à réunir plus de 700 habitants. Les villages de Misaguallí, de Puerto del Napo et de Tena sont ses annexes. Papallacta et Maspa sont les annexes de Baeza, tandis que Concepción, Santa Rosa, Loreto, Cotapimi, San Salvador et Mote sont attribuées à Ávila (Velasco, 1989: 644).

Par ailleurs, à la suite de la fondation des missions des réductions de San Javier de los Gayes (entre le Bobonaza et le Curaray), les Jésuites cherchent à les consolider, en y déplaçant des familles originaires de Pastaza, de Morona et de Marañón. En 1708, le père Wenceslao Breyer fonde la mission de Santo Tomás de Andoas, constituée d’indigènes fuyant le tribut, et d’indigènes autochtones. En 1770, cette mission compte 524 habitants, constituant ainsi le village le plus important fondé par les Jésuites sur le Pastaza (García, 1985: 166). En 1770, la mission de Loreto est également créée (idem: 211).

Les missionnaires gagnaient la confiance des indigènes en leur offrant des objets en métal.

Una vez ganada una parcialidad, venían los problemas prácticos: convencerles para reunirse en un pueblo y poder atenderles así mejor; vestirles cuando era su costumbres vivir desnudos; construir las primeras chozas, limpiar la selva para los cultivos, organizar la nueva vida, iniciar la instrucción; hacerles entender los nuevos principios morales, construir la iglesia, organizar el pueblo con nuevas autoridades y el orden “civilizado” (Latorre, 1998: 41).
[Une fois la partialité atteinte, les problèmes pratiques se présentaient : les convaincre de se réunir en un village pour pouvoir ainsi mieux les servir, de s’habiller lorsque leurs coutumes étaient de vivre nus, de construire les premières huttes, de nettoyer la forêt pour les cultures, d’organiser la nouvelle vie, de commencer l’instruction, de leur faire comprendre les nouveaux principes moraux, de construire l’église, d’organiser le villages avec de nouvelles autorités et l’ordre « civilisé » (Latorre, 1998: 41).]

Ainsi, l’action missionnaire a été synonyme de modifications culturelles radicales entre les ethnies évangélisées.

En ce qui concerne l’administration publique, elle était à la charge des missionnaires les plus remarquables des communautés. Ils choisissaient les maires de celles-ci, et donnaient peu d’importance aux autorités traditionnelles, favorisant plutôt la formation de groupes de coopération pour le développement de réseaux commerciaux ou l’assurance de services de base (Latorre, 1998: 44).

Comme on pouvait s’y attendre, les missions en sont très vite venues à des altercations avec les encomenderos, qui réclamaient leurs droits d’exploiter les indigènes des réductions pour la main d’œuvre. En 1724, Oberem rapporte que le gouvernement des Quijos ne comptait pas plus de 10 encomenderos, qui n’avaient pas plus de trente tributaires chacun (Oberem, 1980: 43). Face aux plaintes et aux accusations de trafic humain, les missionnaires ont dû céder sur ordre royal (García, 1985: 168).

En outre, bien qu’on n’en enregistre pas beaucoup, les missions doivent également faire face à divers soulèvements indigènes, comme ceux de 1721 dans les villages franciscains des rivières Putumayo, Napo et Caquetá (Gándara, 1998:19). En 1707, les Gaes se rebellent et détruisent des réductions dominicaines, fuyant en direction du Curaray. Les trafiquants d’esclaves en profitent pour s’approprier les survivants, tandis que d’autres arrivent à atteindre la réduction d’Andoas (Renard Casevitz; Saignes; Taylor, 1988, 2: 150).

D’autre part, les missions ne se libèrent pas non plus des épidémies qui ont déjà frappé les premières colonies fondées par les Espagnols : en 1680, 1749, 1756 et 1762, des épidémies de variole déciment littéralement les réductions (García, 1985: 179).

À la suite de l’expulsion des Jésuites, dans les années précédant l’Indépendance, les provinces orientales sont peu à peu abandonnées (Lovecchio et Glaser, 2006: 54).

Dès 1768, Joseph Basabe signale la présence de 854 indigènes, 91 Espagnols et 20 esclaves noirs à Archidona, à Tena et à Puerto Napo (Cabodevilla, 1996: 106). En 1804, Archidona contrôle 3 localités : Napo, Tena et Santa Rosa, de laquelle Napotoa, Cotapinos et Concepción sont des annexes. Loreto, Payamino, San José et Sumo, pour leur part, appartiennent à la juridiction d’Ávila (idem: 150). Le recensement de Rangel (1814) rapporte les données suivantes : 410 habitants à Archidona, 630 à Napo, 41 à Napotoa, 267 à Santa Rosa, 51 à Cotapino, 371 à Concepción, 250 à Ávila, 541 à Loreto, 190 à Payamino, 60 à Suno et 171 à San José (idem: 154).

À la suite de l’expulsion des Jésuites, le père Velasco (lui-même Jésuite, bien sûr), décrit Macas comme une ville en ruines et décadente. Macas ne comptait pas plus de 500 habitants entre les blancs, les indigènes et les métisses. À part l’église et le presbytère, ses maisons neuves sont « en bois, en planches, en bambou et en paille » de même que les autres « hameaux » de la zone (Velasco, 1989: 666).

La capital de ese partido de la ciudad de Macas en que su origen se llamó Sevilla de Oro, por la mucha abundancia de ese metal precioso. Está en 2 grados y 29 minutos de latitud austral y 79 grados 48 minutos de longitud occidental, situada a la ribera occidental del río Upano. Pertenecen al cura de ésta cuatro pueblos que son San Miguel de Narváez, Baraonas, Yuquepu y Zinalop. En el mismo partido está el pueblo de Zuña a cuyo cura le pertenecen otros tres que son Payra, Copueno y Aguariyos… En todos nueve pueblos y la ciudad que no merece este nombre, se numeran poco más de dos mil hombres (Costales, 1998: 149).
[La capitale de cette zone de la ville de Macas qui à l’origine s’appelait Sevilla de Oro, en raison de l’abondance de ce métal précieux. Elle se trouve à 2 degrés et 29 minutes de latitude australe et 79 degrés 48 minutes de longitude occidentale, située sur la rive occidentale de la rivière Upano. Quatre villages appartiennent au curé de cette ville : San Miguel de Narváez, Baraonas, Yuquepu et Zinalop. Dans la même zone se trouve le village de Zuña et trois autres villages appartiennent au curé de celui-ci : Payra, Copueno et Aguariyos… Dans les neuf villages et dans la ville qui ne mérite pas ce nom, on dénombre un peu plus de deux mille hommes (Costales, 1998: 149).]


Selon le recensement de 1780, le gouvernement de Macas ne comptait pas plus de 643 personnes, entre les blancs (189), les indigènes (453) et les « libres » (1), parmi lesquels 263 habitaient Macas, principalement peuplée d’Espagnols (Costales, 1998: 157). Les auteurs notent en outre que l’on comptabilisait plus d’hommes que de femmes, probablement en raison de la présence de travailleurs étrangers qui continuaient à travailler dans la zone (Costales, 1998: 161).

Continúa esta ciudad en calles y cuadras mal formadas y delineadas cincuenta casas, algunas de alto y las más de ellas bajas y todas de madera y paja. Reciden cincuenta y cuatro vecinos españoles, mestizos e indios: Gobiérnase por un Gobernador en lo corporal y en lo espiritual, por un Vicario que regularmente lo es el cura (Villalengua, en Costales, 1998: 165).
[Cette ville continue en rues et en quartiers mal formés et délimités avec cinquante maisons, certaines hautes et la plupart basses, toutes en bois et en paille. Cinquante-quatre habitants espagnols, métis et indiens y résident. La partie corporelle est gouvernée par un gouverneur, et la partie spirituelle par un vicaire, qui est régulièrement le curé (Villalengua, en Costales, 1998: 165).]


Dans la province des Canelos, seul le village de San José subsiste, alors que dans le gouvernement de Macas, il reste les colonies de Macas, d’Aguayos, de Bartonas, de Copueno, de Juan López, de Payra, de San Miguel, de Yuquipi, de Zama et de Zuña (Velasco, 1989: 666). Logroño et Huamboya sont abandonnés : leurs colons indigènes ont fui vers la Cordillère de Cubillín (Velasco, 1989: 665).

En 1812, Macas est pratiquement abandonnée. En 1813, le gouverneur Antonio Venegas localise 17 groupes jivaros entre l’Upano et le Santiago, ce qui représente à peine 1 929 personnes (Costales, 1998: 181). La même année, 62 prisonniers caleños condamnés pour avoir fomenté des rebellions arrivent dans la région (idem: 182). Cabodevilla parle d’un groupe de patriotes fugitifs arrivés en 1812 à Santa Rosa de Quito (1996: 152). Selon le même auteur, les indigènes se sentaient étrangers aux causes indépendantistes, ils ont ainsi préféré fuir les guerres et les révoltes (idem: 153). Pour sa part, dans son « Plan dans lequel se manifestent les populations d’infidèles découvertes dans la juridiction de Macas, avec des spécifications des situations, des tempéraments, des productions et des coutumes des habitants, selon la teneur suivante », José Manuel López de Merino établit que, en 1819, la population de San José de Chulupiangosa, située entre les rivières Upano et Tutunangosa, compte 150 habitants, tandis que celle d’Antonio de Mendena, entre les rivières Upano, Tutunangosa et Mamangosa, compte 200 habitants, et enfin, Nuestra Señora del Carmen de Muyalico compte 300 habitants (Villalengua, en Costales, 1998: 188-192).

En résumé, à l’origine des réformes bourboniennes, et de même que les autres zones de l’Audience royale de Quito, les provinces orientales ont été durement affectées, malgré une action missionnaire n’ayant pu résister longtemps aux autorités de la Couronne espagnole, en particulier dans un contexte de tension qui, outre les épidémies, avait déjà considérablement fragilisé les populations des versants andins orientaux.


CONCLUSION

Les centres traditionnels de pouvoir du pays ont finalement monopolisé toute l’attention avec les événements indépendantistes et les premières années de la République. Néanmoins, la révolution industrielle européenne et la recherche de ressources stratégiques dirigea de nouveau les intérêts économiques vers les « provinces » : le caoutchouc en premier lieu (bien qu’à moindre échelle en Équateur), et surtout le pétrole. Dans ce sens, dès le début du XIXème siècle, l’’Etat équatorien cherche à réintégrer les versants orientaux de la Cordillère à la conjoncture socio-politique du pays, avec un succès modéré : aux projets échoués de colonisation de la zone (Salazar, 1989), s’ajoutèrent les problèmes environnementaux introduits par l’exploitation incontrôlée du pétrole ou du bois, dont l’impact sur les populations locales est irréversible, aussi bien au niveau sanitaire que culturel.

De ce point de vue, la sensibilité de l’espace amazonien en tant qu’écosystème et environnement social l’a converti en un thermomètre de la réalité socio-politique et historique, fait que reflète très bien la problématique du peuplement des versants andins orientaux au cours de la colonisation : une scène sur laquelle les intérêts économiques et politiques coloniaux ont modifié radicalement le fragile équilibre naturel et culturel du milieu, atteignant après des millénaires des processus d’adaptation et de transformation. Cependant, le monde amazonien a repris ses droits par l’intermédiaire des catastrophes pathologiques et des soulèvements, qui ont pour un temps ralenti l’exploitation massive du milieu. Dans ce sens, le mythe amazonien a peut-être raison de percevoir l’Amazonie comme un « enfer vert ». Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui la région est à nouveau victime d’une surexploitation, mais il semble que ses détracteurs n’ont pas appris les leçons du passé. Il est sûr que les processus culturels ont inscrit pour toujours les conséquences de l’histoire sur les témoins de celle-ci.

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