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viernes, 28 de diciembre de 2012

Les Racines de l'identité en Haute Amazonie : la culture Mayo-Chinchipe à Santa Ana-La Florida (Canton Palanda, province de Zamora Chinchipe -Équateur) **



Présentation
Le processus de conservation et de sauvegarde du patrimoine culturel mené en Équateur ces dernières années est le fruit d’un travail soutenu. Celui-ci inclut plusieurs aspects tout à fait remarquables dans la gestion du patrimoine culturel de la part de l’État, et le sud du pays n’y fait pas exception, puisque l’Institut National du Patrimoine Culturel est en train de développer une série de projets et d’activités tendant à raviver la culture et l’identité de nos peuples.

Il y a déjà plusieurs années, -dans la province de Zamora Chinchipe, et particulièrement dans le canton de Palanda-, un processus de recherche et de mise en valeur d’un important site archéologique appelé Santa Ana-La Florida a été développé avec l’Institut de Recherche pour le Développement Français (IRD), et le gouvernement autonome et décentralisé de Palanda. Cet effort conjoint a permis d’obtenir d’intéressants résultats en termes de recherches scientifiques ; en outre, pour les habitants de la région sud, il est avant tout devenu un espace de reconnaissance identitaire et de leur faire-valoir social, aussi bien touristique que productif. Dans ce contexte, la volonté de l’Institut National du Patrimoine Culturel est de diffuser au près de ses ressortissants, l’importance et la valeur du site de Santa Ana La Florida, et la publication de cette brochure informative leur permettra d’accroître leurs connaissances et de s'identifier plus profondément au patrimoine archéologique de ce canton. La Direction régionale 7
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Des travaux archéologiques réalisés dans la province de Zamora Chinchipe ont permis de découvrir la présence d’un ancien village situé sur la rive occidentale du fleuve Valladolid. Ce site de plus d'un hectare s’étend sur toute une terrasse située au fond de la vallée, délimitée par un fleuve et des contreforts montagneux. Tout proche du site converge un deuxième fleuve qui alimente le précédent cours d'eau et qui en ce lieu s’appelle Palanda. Ce phénomène suggère que la localisation de ce site est stratégique, car dans la pensée préhispanique, l’union de cours d’eau (tinkus), est symboliquement considérée comme très importante.


Ces dernières années, la découverte d’une ancienne culture préhispanique au sud-est de l’Équateur, -appelée MAYO CHINCHIPE-, a donc enrichi le patrimoine archéologique. Les recherches réalisées des deux côtés de l’actuelle frontière géopolitique entre l’Équateur et le Pérou, dans la haute Amazonie, ont dévoilé la présence de vestiges tout au long du bassin hydrographique du même nom. Celles-ci ont débuté près du fleuve Valladolid, sur le versant oriental des Andes, là où naissent les sources du fleuve Chinchipe.
Ce dernier s’étend à travers d’étroites vallées en pente pour déboucher dans les plaines du Haut Marañón, près de la ville péruvienne de Bagua. D'un point de vue écologique, ce bassin se situe sur la crête d’une montagne où la forêt est masquée par un brouillard humide qui favorise l’épanouissement d’une biodiversité des plus variées.
Cette zone, riche en ressources naturelles en tous genres, a été peuplée depuis près de 5.500 ans par des peuplades qui vivaient dans différentes niches de haute altitude et qui interagissaient avec des régions lointaines, comme celles de la côte de l’océan Pacifique ou des hauts plateaux andins.

Depuis toujours, ce bassin a été un lieu de passage, de liaison entre les plaines tropicales, les vallées montagneuses et les contreforts orientaux des Andes. Aujourd’hui comme hier, la communication et les échanges entre les habitants facilitent le développement des liens socioculturels qui, de la même façon, bénéficient aux peuplades des différentes régions. Ceci se traduit en une histoire riche et commune, où l’intégration a éliminé les frontières naturelles et culturelles.
Santa Ana-La Florida
Dans ce village apparaît en toute clarté une organisation sociale de l’espace. Sur la partie la plus plane a été construite une grande place centrale de forme circulaire, d’un diamètre de 40 m. Au tour de celle-ci se dresse plus de vingt structures d'habitat, aux caractéristiques architecturales particulières.

En plus de sa planification spatiale, le lieu comprend un axe transversal où, tout à l’opposé, se trouvent deux structures ayant vraisemblablement une fonction rituelle. À l‘extrême sud-est, sur la rive même du fleuve, s’élève une structure circulaire de 13 m de diamètre, ayant fait office de temple et de cimetière. À l‘extrême nord-ouest, la place s’ouvre sur une rampe inclinée qui débouche sur une structure échelonnée, d’où l’on domine toute l’étendue du village.
L’organisation sociale et idéologique
En analysant la configuration spatiale du village, de par son contenu structurel, on décèle sur le site -et au niveau culturel-, certains fondements constants, comme la dualité des opposés et la symétrie.



Toutes les structures situées à l’extérieur de la place sont circulaires, tandis que toutes celles de l’intérieur sont des plateformes rectangulaires symétriquement opposées entre elles. Sur le contour de la rampe principale, deux structures circulaires délimitent l’accès à la plateforme échelonnée.
La monumentalité
De toute évidence, le site a été construit avec une connotation idéologique, du fait des impositions dictées par les cérémonies dans la construction d’espaces et d’enceintes aux caractéristiques symboliques. C’est le cas au sud-est du site, où la topographie originelle descendante a été réaménagée dans le but de prolonger le plateau naturel et d’y construire un espace artificiel. Ici, le terrain a été massivement remblayé et  consolidé par une série de murs de soutènement ainsi que renforcés par des contreforts et des contre-murs qui y sont fixés. Le tout a la forme concentrique d’une spirale, où l’on a trouvé un autel appartenant probablement à un temple. Dans les interstices de la spirale, nous avons trouvé plusieurs restes funéraires qui donnent à cette structure fabriquée l’aspect d’un cimetière. La surface de cette construction a été renforcée par un pavage, des sols compactés, tandis que des couches de terre brûlée à haute température y ont été ajoutées. À l’extrême nord-ouest du site, où se dresse la topographie naturelle, ces travaux structurels d’ingénierie ont été repris à moindre échelle, mais des travaux de soutènement seront nécessaires afin d'empêcher l’érosion.

Le village, l’habitat/les espaces communs
Un double mur en pierres circulaires divise les espaces domestique et cérémoniel. Celui-ci longe la place centrale en la délimitant aux extrêmes nord, est et sud, et il se déploie à l’extrême ouest pour déboucher sur une rampe inclinée qui monte jusqu’à la plateforme échelonnée. La superficie de la place est d’à peu près 1.256m2 ; le sol est enfoncé par rapport à l’espace extérieur, où se dressent les habitations. Par endroits, le double mur atteint une hauteur de plus de soixante-dix cm, mais dans d'autres, selon la topographie, il atteint actuellement quarante cm seulement. À l’intérieur de la place centrale, on trouve quatre plateformes rectangulaires en pierres, disposées symétriquement dans la zone circulaire. On ignore encore la fonction de ces étendues circulaires (2x3 cm ou 3x4 cm), mais leur emplacement équidistant nous fait penser à des espaces dédiés à des pratiques cérémonielles.



À l’extérieur de la place, l'on trouve plusieurs structures circulaires en pierre (de sept mètres de diamètre en moyenne). Certaines d'entre elles rendent compte de plusieurs rangées en pierres superposées, tandis que d'autres ne présentent qu'une ligne de fondations. La plupart est composée de deux cercles concentriques que l’on interprète comme une délimitation entre un espace intérieur et extérieur. Les murs étaient peut-être en pierre ou, -dans les parties les plus élevées-, à composition mixte (mélanges d'adobe). La forme circulaire nous suggère que les toits étaient coniques et fabriqués en branchage de palmier. Autour de leur base, il y a souventdes pierres disposées de façon semi-circulaire, ayant probablement servi comme lieu de travail, recouvert par le toit.


Dans l’espace d'habitat situé à l’extrême nord du site, nous avons trouvé un foyer accommodé entre plusieurs structures circulaires, signalant un espace dédié aux activités collectives. En ce lieu, nous avons découvert des grains de maïs, quelques haricots calcinés et des échantillons datés, grâce au C14.
Une particularité notoire de cet endroit est l’absence presque totale de vestiges culturels autour de l’enceinte. Cependant, au nord de la terrasse fluviale, sur les bords de la rive du fleuve, un dépotoir a été découvert. Apparemment, ce lieu situé à la périphérie a servi à déposer les déchets domestiques qui s’amoncelaient dans les aires communes.
La chronologie de l’habitat sur le site de Santa Ana-La Florida
L’histoire de l’habitat sur le site est très ancienne, selon les datations au C14, et, en 2012, elle remonterait à plus de 5.500 ans (3.500 av. J.-C.). Les premières occupations correspondent à la période du Formatif Ancien, et elles sont donc contemporaines aux habitants de la culture Valdivia de la côte équatorienne. C’est précisément à ce moment qu’apparaît la culture Mayo Chinchipe, qui subsistera approximativement pendant 4.000 ans, lapse qui, conformément aux différences stylistiques de la culture matérielle, peut se diviser en deux phases:
a) Palanda (3.500 à 1.500 av. J.-C.) et b) Tacana (1.500 av. J.-C. à 300 apr. J.-C.).
Dans les années 700 et 1.000 après J.C., apparaissent dans la région des traces de peuples de langue jivaro, connus comme les «Bracamoros». Ce sont les prédécesseurs directs des populations Shuars et Aguramas du bassin du Chinchipe. Ces populations vivaient dans cette zone jusque dans les années cinquante où, petit à petit, elles se retirèrent jusque dans la Cordillère du Cóndor, où elles vivent actuellement. La présence de vestiges précolombiens de ces ethnies jusqu’au début du XXe a été confirmée par des recherches archéologiques. Les paysans vivant actuellement dans ce secteur sont tous des descendants de colons provenant de la sierra de Loja, particulièrement de Amaluza et Cariamanga.

Les espaces funéraires
L’un des traits les plus intéressants de ce site se trouve dans les restes funéraires découverts dans le secteur oriental. Les premiers vestiges trouvés sur le site ont été décelés accidentellement il y a presque vingt ans, alors que l’on construisait une voie carrossable dans cette zone. Alors que les pelleteuses entamaient une partie de la terrasse artificielle, les machinistes trouvèrent des récipients en pierre qui attirèrent leur attention. Ces objets faisaient partie des offrandes funéraires qui accompagnaient les défunts enterrés dans un espace proche du temple.

En 2003, les archéologues de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) qui fouillaient le site, ont trouvé des restes d’une sépulture érodée dans l’un des murs de la terrasse, menaçant de glisser dans le fleuve. En nettoyant son profil, un bol en pierre poli placé sur un ensemble de perles en jade fut mis au jour, tandis que, un peu plus loin, des restes de crâne humain en mauvais état furent découverts. Plus tard, des recherches archéologiques faites méthodiquement révélèrent la présence d’une tombe complexe, située à un mètre de l’autel du temple construit en spirale. Cet ensemble mortuaire a révélé de précieuses informations sur les anciennes coutumes et sur les rites funéraires de cette époque-là. Il s’agissait d’une tombe fermée par des couches de terre brûlée, où l’on accédait par un puits dont les murs étaient recouverts de pierres.

Au fond d’un conduit d’accès, à 2,30 m de la superficie, une chambre avec les restes fortement détériorés de deux (?) individus ont été trouvés. Les offrandes qui accompagnaient les défunts comprenaient des récipients en céramique, des bols en pierre polie, un petit mortier en pierre fine et des centaines de perles ainsi que d’autres parures corporelles finement travaillées en turquoise et azurite. Les objets étaient disposés en demi-cercle à l’entrée du puits, ce qui signifie que des personnes sont descendues pour déposer les cadavres et leurs offrandes. La tombe a été scellée rituellement en dispersant plusieurs perles de turquoise tout au long du remblai du puits.
La complexité de ce rite émane de règles strictes qui reflètent l’importance que les anciens habitants du site donnèrent au passage dans l’autre vie. Malheureusement, les restes organiques, -incluant les textiles-, ne se sont pas conservés ; l’information obtenue n’est donc pas tout à fait complète. Cependant, dans les récipients, aussi bien en céramique qu'en pierre, ont été déposées des offrandes alimentaires qui devaient servir de nourriture dans l’au-delà. Les analyses spécialisées réalisées à l’intérieur des récipients ont permis de déterminer la présence de granules microscopiques d’amidon de maïs, de manioc, de patate douce, de taro, de piment et de cacao. Il est intéressant de signaler que les bouteilles en céramique contenaient de la boisson à base de maïs fermenté (chicha) et d’une boisson faite de cacao.

De l’autre côté, une autre tombe a été trouvée, diagonale à l’autel. Il y avait là un seul récipient en céramique, déposé prêt d’une jatte en pierre peu travaillée qui reposait près de ce qui fut probablement un fardeau funéraire contenant des restes d’ossements d’une personnalité d’une certaine importance, puisque tout le contour était couvert de perles fines en turquoise. La sépulture a été déposée dans une fosse simple, creusée peu profondément dans la superficie du temple (80 cm).
D’autres tombes, trouvées dans les murs de soutènement de la terrasse artificielle, renfermaient des chambres mortuaires creusées dans le sous-sol et recouvertes avec des pierres. Malgré le mauvais état de conservation des restes organiques, on a pu mettre en évidence que les corps avaient été déposés en position fœtale et fortement repliés sur eux-mêmes.

Un des éléments les plus intéressants que l’on ait trouvé à l’intérieur des deux tombes est la présence de coquillages marins disposés aussi bien en qualité de parure corporelles que d’objets rituels. Un escargot marin de l’espèce «Strombus», très mal conservé, avait été fractionné et déposé près des deux individus.

Ces indices montrent qu’à cette époque, un système d’interaction et d’échanges existait avec la côte de l’océan Pacifique d’où proviennent ces espèces marines. L'on constate surtout qu'en ce qui concerne les usages et les coutumes, les peuples de la haute Amazonie partageaient une cosmovision similaire à celles d’autres peuples andins du Formatif Ancien.
La culture matérielle
Bien que la tradition céramique de la culture Mayo Chinchipe soit totalement distincte de celle de Valdivia (de la même époque), les deux utilisèrent la céramique en tant que vecteur et moyen d’expression pour personnifier des concepts idéologiques communs.



Un de ceux-ci est l’importance accordée au coquillage Spondyle en tant que symbole de pouvoir et de fertilité. L’iconographie actuelle de la culture matérielle du bassin du Chinchipe est généralement riche en symboles provenant de la forêt tropicale, ainsi que de celle propre à la forêt vierge.



Des félins, des serpents et des oiseaux de proie incarnent les forces suprêmes de la nature, au point d’être reconnues comme des dieux ou des totems ancestraux. La force de son imagerie reflète la puissance de son organisation sociale et fait poindre cette dernière comme l’une des premières sociétés complexes des Andes.

Conclusion
La mise en valeur et l’usage social de ce patrimoine, en tant que ressource identitaire et comme moyen productif, sont rendus possible par l’interaction conjointe entre l’État, la communauté et les chercheurs.



L’étude détaillée des vestiges patrimoniaux montre la valeur véritable de ces biens archéologiques ; non seulement la première histoire de ces terres y est gravée, mais, dans leur connaissance réside la racine identitaire de ce que nous sommes : un peuple qui interagit dans plusieurs régions écologiques, qui s’est constitué dans la diversité et qui affronte un destin commun aux autres peuples d'Amérique.



** Textes et photos de Francisco Valdez / Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Publication de: Instituto Nacional de Patrimonio Cultural (INPC), 2012, M. Delicio Toledo León, Directeur régional INPC, zone 7 et de Mme. Margarita Salinas, Mairesse GAD de Palanda. Traduction de M. Claude Lara.


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